La crise… pour justifier l’injustifiable
Ce qu’il y a d’extraordinaire à écouter les propos de l’ensemble du personnel politique de droite de ce pays, à commencer par les membres du Gouvernement, comme par exemple Alain Juppé face au candidat socialiste, c’est la manière dont ces gens justifient leur échec avec un aplomb sidérant, en prenant comme excuse la crise. La montée affolante du chômage, la perte de 650.000 emplois industriels et l’augmentation vertigineuse de la dette de 20% au cours des cinq dernières années, tout cela, c’est la faute de la crise. Regardez-les bien ! Écoutez-les bien ! Tous ces braves gens n’y sont pour rien, ne sont responsables de rien, on vous dit. Puisque c’est la faute à la crise. Regardez-le bien, le Juppé – le meilleur d’entre eux paraît-il, alors les autres, qu’est-ce que ça doit être… –, tel qu’il apparaît à celles et ceux qui ont la mémoire courte et pourraient à l’entendre, le croire innocent comme l’agneau qui vient de naître. C’est le loup déguisé en mère-grand.
Comme si la crise que nous subissons, qui est celle de l’économie financiarisée, n’était pas la conséquence des politiques néolibérales menées depuis plus de vingt ans dans la plupart des pays du monde occidental, politiques dont ils sont les zélateurs. Comme s’il s’agissait d’une calamité naturelle, à l’égal de ce que furent dans la Bible les dix plaies d’Égypte, telles les pluies de sauterelles, ou pour faire moderne, les giboulées de twitts de Morano et de Rosso-Debord. Un mal contre lequel nous serions impuissants et avec lequel il nous faudrait composer. Et non la conséquence de politiques voulues et délibérément mises en œuvre par le capitalisme mondial, après qu’il se soit libéré de la contrainte que faisait peser sur lui le bloc soviétique, afin de rétablir sa domination sans partage sur le monde.
Nous prennent-ils à ce point pour des imbéciles ? Qu’attendait François Hollande pour lui dire immédiatement qu’il pouvait remballer ses sornettes, le ministre des étranges affaires, comme le fit quinze jours plus tôt Jean-Luc Mélenchon avec François Langlet, l’économiste libéral de service qui tentait de l’impressionner avec ses graphiques frelatés ?
Mais non, ce monde là est bien trop policé. Nous n’avons eu droit qu’à un duel à fleurets mouchetés, même si le candidat socialiste s’en sort plutôt à son avantage sur la forme plus que sur le fond. Car, bien que de bords différents, ils appartiennent au même système. Ils ont suivi le même parcours, fréquenté les mêmes écoles, appartenu aux mêmes institutions prestigieuses de la République : Cour des comptes pour l’un, Inspection des Finances pour l’autre. Ensemble, ils ont naturellement évolué sous les ors de la République, fait carrière sans prendre aucun risque, assurés de leur avenir qui, dans le pire des cas, aurait été de rejoindre leur corps d’origine. L’esprit de corps, les réseaux d’influence, les codes, parlons-en. Tout cela façonne les personnalités, quoiqu’ils s’en défendent. Ils sont du même monde qui n’est pas celui de l’autodidacte Mélenchon, celui qui dérange. Mélenchon, le trublion comme aime à le qualifier avec perfidie la médiacratie qui n’est pas en reste, elle aussi, s’agissant de système, de réseaux et de connivences. Comme s’il n’était que cela. La médiacratie, elle encore, qui, méprisant le peuple dont elle se méfie, l’accuse régulièrement de populisme. Mélenchon, petit-fils d’émigrés, qui, partant de rien, s’est construit à la force du poignet, est devenu l’un des hommes politiques français les plus cultivés de son époque. Aujourd’hui, il conjure le peuple de France de ne pas se laisser aller à la résignation, de relever la tête, de résister : « Résistez ! Ne vous laissez pas endormir par les belles personnes et les belles paroles ! Ne restez pas là, les bras ballants, à regarder l’histoire se faire sans vous ! N’attendez pas ! Mobilisez-vous ! Prenez le pouvoir ! Si vous faites les moutons, vous serez tondus ! »
Reynald Harlaut
Front de Gauche